“Rembourser 30 millions ? J’en rigole” , déclare l’avocate
BRUXELLES Me Brigitte Gastiaux, du barreau de Nivelles, a été condamnée, hier, par le tribunal correctionnel de Bruxelles à payer… 29,2 millions d’euros à la Deutsche Bank, près de 1,2 milliard de francs belges. “J’en rigole” , commente l’avocate interrogée par la DH deux heures après la condamnation : “Je m’inquiéterais si c’était 100.000 €. Mais 30 millions d’€, je rigole, c’est risible.”
L’avocate est en outre condamnée pour recel à 1 an avec sursis par la 52e chambre correctionnelle. La condamnation l’expose à une procédure disciplinaire devant le conseil de l’Ordre. Elle est l’aboutissement de l’affaire dite de la Régie des transports maritimes, une escroquerie montée en 2002 autour de la vente, par la Belgique, du ferry Prins Filip qui a longtemps desservi la ligne Ostende-Douvres.
Montant exact auquel l’avocate est condamnée : 29.281.047,57 euros… intérêts non compris. “Comment voulez-vous que je rembourse ne fût-ce que les intérêts…”
Par défaut, Brigitte Gastiaux avait écopé de 2 ans d’emprisonnement ferme. Son avocat, Yves De Gratie, a pu réduire la peine de moitié et obtenir l’acquittement pour l’association de malfaiteurs qui lui pendait au nez. “J’ai ma conscience pour moi” , insiste Me Gastiaux qui, Brabançonne, se plaint d’avoir été jugée à Bruxellles… en néerlandais. “L’escroquerie a été montée à mon insu par mon mari Ludovic Adriaensen, entre-temps décédé. Du coup, la justice se rabat sur moi et me condamne. C’était joué. Elle devait me condamner : c’est la seule façon pour la Deutsche Bank d’espérer récupérer quelque chose. Je maintiens. Mon mari ne me parlait pas de ses affaires, je n’étais pas au courant de l’escroquerie. En ai-je profité ? Sans doute ! On me parle de 100.000 euros en huit ans. J’ignorais que cet argent était d’origine délictueuse.”
Maître Gastiaux ajoute que la justice la condamne pour n’avoir pas été suffisamment vigilante alors qu’elle est avocate. Brigitte Gastiaux a réponse à tout : “Quatre de mes beaux-frères et belles-sœurs ont également reçu une part de cet argent. On me reproche de n’avoir pas ouvert les yeux alors que je suis avocate ? Mais mon beau-frère qui siège à la cour d’appel et a été juge d’instruction a lui aussi de l’argent de mon mari. Mon avocat l’a pourtant plaidé : le tribunal n’en a pas tenu compte.”
Pour Me Gastiaux, la justice qui l’a condamnée hier a donc eu des œillères et a refusé de “crever l’abcès”.
L’avocate pratique depuis plus de 20 ans. L’instruction était menée depuis 2003 par le juge de Bruxelles, Thierry Freyne.
Via des sociétés écrans, de l’argent de l’escroquerie a notamment servi à l’achat : d’un yacht (le Cap Ouest II ), de deux villas à L’Île-d’Yeu (Vendée), d’une propriété à Bonlez (Brabant wallon) et d’un BMW X5. “Cette condamnation m’atteint très peu. C’est un très mauvais jugement. […] Je ne me laisserai pas faire.”